Brusio / Sondrio, 06.08.2012 – Alors que dans l’août 2012 l’ours M13 déchirait des bétails dans la Valposchiavo, les premiers attaqués étaient des paysans membres de AmAMont. Car personne n’aidait à eux (ni de la politique, ni des associations spécifiques etc.), ces paysans envoquaient AmAMont de les aider contre cet ours. AmAMont envoyait alors la présente lettre au Canton des Grisons

À l’attention des Honorables Conseillers d’État:

VOULONS-NOUS DES PRÉDATEURS OU DES MONTAGNARDS ?

C’est la question que se posent aujourd’hui la plupart des paysans/alpagistes/bergers du Valposchiavo confrontés au problème de la présence de l’ours dénommé M13.

Début mai encore ce grand prédateur créait des désordres, non seulement dans les troupeaux d’Engadine (il a, entre autres, été touché par un train de la FR et s’en est sorti indemne), mais aussi en s’approchant dangereusement des habitations, détruisant des ruchers et des conteneurs de déchets, gambadant un peu partout dans nos Vallées de Montagne, créant carrément la panique en ville, à Morbegno et dernièrement à Tirano. Il a suscité de nombreuses protestations dont celle de Ciapponi Landi, Assesseur à la culture de Tirano, qui à juste titre a qualifié d’absurde la politique de banalisation de la part de Autorités et des fonctionnaires responsables de cette épouvantable situation. Ciapponi Landi a d’ailleurs écrit dans “La Provincia di Sondrio” du 29 juillet : « je trouve que c’est une folie d’introduire des animaux dans un contexte qui n’est plus celui d’autrefois. Cela me semble artificiel. » Ou encore: « L’ours, dont le métier est de faire l’ours, est une bête fauve. Un point c’est tout ».”

D’après ce qu’on peut déduire des nombreuses informations, le loup comme l’ours ont été importés arbitrairement de l’est par des animalistes (lesquels ??!) qui voudraient remplir l’ensemble de l’arc alpin de ces grands prédateurs (pour l’ours, en se procurant des oursons descendant de la célèbre ourse Jurka, de Slovénie, par l’intermédiaire des amis de l’ours du Trentin (Parc national Adamello Brenta)) en les laissant entrer en Suisse vers le Parc national et le Val Müstair !

Il est totalement faux que les ours soient venus de l’Est pour envahir nos Alpes en suivant leur instinct ! Il faut plutôt dénoncer et punir ceux qui “importent illégalement” de tels fauves (ou les laissent introduire) sans aucune autorisation…car cela revient à répandre une épidémie !

Le Conseiller d’Etat Mario Cavigelli s’exprimait ainsi à juste titre en mai: “… Die Bären passen nicht in unsere alpine Lebensräume”…, c’est à dire que les ours n’appartiennent pas à notre espace vital alpin(cf. Stecher di Sils Maria, SO 09.05.2012).

Eh bien ! Monsieur le Conseiller d’Etat Cavigelli : nos alpagistes vous demandent d’émettre des directives ou des ordres bien précis à vos subalternes de l’Office de la chasse et de la pêche, pour abattre ou éloigner M13, cet ours qui est presque devenu fou !

Nous constatons malheureusement chez nous aussi un processus de banalisation et bagatellisation de cette situation de la part des Autorités et des employés responsables, ainsi que du fait que ces grands prédateurs sont des bêtes féroces.

L’Assesseur Ciapponi Landi a aussi écrit de manière justifiée : « Qualifier “d’alarmisme inutile” la préoccupation légitime du fait qu’une bête fauve, dont il a fallu organiser l’élimination systématique de nos territoires, se promène allégrement dans le centre de Tirano, me semble véritablement une boutade d’un avocat défenseur arrivé au bout du rouleau… »

Effectivement, chez nous aussi, les responsables se permettent de minimiser ce qui arrive, en affirmant par exemple : « L’ours est présent et il se manifeste, mais la situation reste sous contrôle ». Mieux, ils se moquent quasiment de ceux qui osent les affronter, les paysans/alpagistes, avec des affirmations telles que « … Vous exagérez. Enfin, si l’ours vous mange un animal, vous êtres indemnisés », etc.., (comme si les brebis, les chèvres ou les troupeaux n’étaient qu’une question d’argent excluant la passion du métier !)… ou alors   « jusqu’à présent il n’a pas fait de dommages aux personnes »…: il ne manque certainement que quelques blessés ou même un mort ??!!

Pour des gens comme les paysans/alpagistes, qui connaissent déjà des situations très difficiles et sont dans le besoin avec leurs troupeaux sur les Alpes, avec les fenaisons, les intempéries… auxquelles s’ajoute maintenant le stress dû à l’ours, de telles affirmations frisent l’insulte ! Ils sont éprouvés, attristés et exaspérés par les continuelles incursions imprévisibles de l’ours ! …(et que les frais des paysans/alpagistes – ordinaires et extraordinaires – ne soient pas totalement couverts a été clairement confirmé par Monsieur Curdin Foppa, Responsable de l’information au Centre agricole du Plantahof à Landquart, cf. SO 16.05.2012, p. 5).

Affirmer que la présence de l’ours serait bonne pour l’économie à travers le tourisme est tout simplement ridicule !

Mis à part quelques voyeurs qui se gardent bien de rester à bonne distance pour faire une photo, la plupart des touristes randonneurs sérieux qui viennent sur nos montagnes où ils traversent des bois et des pentes raides, renoncent maintenant à venir y randonner ; ils évitent les régions de l’ours, comme nous avons pu le constater. Mais il n’y a pas que la baisse de la fréquentation touristique. On peut aussi citer le témoignage de l’aubergiste Paola Bontognali de l’Hôtel Zarera à Sfazù qui s’est retrouvée à l’improviste le soir du 31 juillet 2012 à 21 heures, incrédule, à quelques mètres d’un ours dans son jardin (www.ilbernina.ch).

L’homme a sa dignité d’homme. L’ours a sa dignité de bête, de grand prédateur au sein de son habitat.L’habitat de l’ours ne se trouve pas sur nos montagnes entretenues jusqu’aux cimes par les hommes/bergers/alpagistes !

On comprend bien que les montagnards/alpagistes, en plus de leur travail quotidien très lourd, sont également soumis au stress permanent, de jour comme de nuit, lié aux informations sur la localisation de l’ours, qui peut très rapidement passer d’un flanc de montagne à l’autre, de sorte que pour l’alpagiste il est quasi impossible de prendre des précautions, comme l’a d’ailleurs prouvé l’incursion sur l’alpage Vitali à Palü !

Compte tenu de ce qui vient d’être dit, l’Association Amis des Alpages et de la Montagne (AmAMont) à travers ses membres et en particuliers les paysans/alpagistes, demande instamment que le Gouvernement par l’intermédiaire de son département compétent, l’Office de la chasse et de la pêche, prenne au plus vite les mesures nécessaires pour éloigner définitivement cet ours de nos montagnes, en l’abattant ou le remettant dans son habitat, les parcs slovènes/trentinois d’où il provient (dans le Trentin, il existe des structures pour détenir des ours en captivité). Ces temps derniers des Comités anti-ours sont apparus dans le Trentin. Ils obtiennent un très large consentement (pas uniquement dans le Val Rendena, mais également dans l’ensemble des Giudicarie et des terres du Val di Non et du Val di Sole) et s’opposent aux Comités des amis de l’ours nés en même temps que le projet Life Ursus en 1999. D’ailleurs, de récentes nouvelles nous informent que le Président de la Province, Lorenzo Dellai, souhaite « réduire de moitié la population ursine » afin de répondre au mouvement des Comités anti-ours.

… Pour ce qui concerne les dépenses déjà subies par le Canton des Grisons, se montant à plus de 500’000. Fr., qui sont en fait à charge de tous les citoyens du Canton, nous considérons qu’il serait plus intelligent et beaucoup plus lucide et correct, si l’on veut véritablement faire quelque chose pour le Valposchiavo/Valtellina (dans le vrai sens d’une collaboration transfrontalière), de mettre au plus vite cette somme dans un projet de tunnel du Bernina entre la Motta et Lagalb. Il apporterait enfin du répit et de la sécurité à toutes les personnes, jeunes ou moins jeunes, qui travaillent en Engadine et qui, traversant chaque jour ou plusieurs fois par semaine le passage du Bernina,… risquent souvent leur vie, surtout en hiver !!!

Honorables Conseillers d’Etat, Membres du Gouvernement du Canton des Grisons :

Nos montagnards sont dans l’attente de votre réponse urgente à cette question:

La vie d’un grand prédateur vaut-elle plus que la vie d’un homme ?

Brusio/Sondrio, 06.08.2012

Pour AmAMont, avec l’expression de notre plus haute considération

Le Président                                                    Le Vice-Président

Dott. Iur. Plinio Pianta, Brusio                           Dott. Agr. Prof. Fausto Gusmeroli, Sondrio

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